Dissay, château
Des vestiges de l’ornamentation héraldique du château de Dissay, érigé par Pierre d’Amboise évêque de Poitiers, sont conservés à l’intérieur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, remontés dans la chaire du prêcheur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Dissay, placée contre le mur nord de la troisième travée. Ornée de feintes arcades ajourées qui mélangent éléments architecturaux et végétaux (notamment des fleurs et des rinceaux stylisés), elle est en effet intégralement le fruit d’un réassemblage moderne, qui réutilise des panneaux en bois ouvragés de style flamboyant qui semblent avoir appartenu à deux séries distinctes, utilisées les unes pour composer le parapet de l’escalier (armoirie 1a), les autres pour celui de la tribune (armoiries 1b-c, 2a-b). Seulement les deux reliefs qui ouvrent et ferment la structure, dépourvus d’un encadrement architectonique si important, semblent provenir d’un ensemble different.
Puisque les premières informations relatives à cette chaire datent des années 1880 (Longuemar 1881, p. 248 ; Barbier de Montault 1887, p. 6), il est plausible qu’elle ait été réalisée et installée lors des travaux de restauration de l’édifice débutés en 1841. Si les sources sont concordes au sujet de la provenance du château avoisinant des boiseries remployées pour la constituer, les avis sur la structure dans laquelle elles avaient été initialement mises en oeuvre sont divergents : Longuemar pensait qu’elles appartenaient à un meuble réalisé à la fin du XVème siècle pour Pierre d’Amboise (Longuemar 1881, p. 248), tandis que Xavier de Montault affirmait qu’elles ornaient les portes et les fenêtres du château et étaient initialement bien plus nombreuses : d’autres pièces similaires auraient été en effet signalées à son époque dans le village et dans d’autres salles du château (Barbier de Montault 1887, p. 6). Et d’ailleurs un autre panneau sculpté aux armes écartelées de Pierre d’Amboise avait été identifié en 1975 dans une salle du château d’Amboise, remonté dans un siège (Souchal 1976, p. 526 ; Crépin-Leblond 2007, p. 65) (armoirie 2c).
Il est en effet probable qu’au moins une partie de ces panneaux provienne d’une porte, comme l’indique leur ressemblance avec ceux – d’une qualité surement bien inférieure – qui composent la porte de la chapelle du château de Bourg-Archambault (fin du XVème siècle) ornés des armes de Pierre de Sacièrges, évêque et seigneur du lieu. Il ne faudra d’ailleurs pas oublier qu’à la fin du XIXème siècle une porte en bois sculpté était encore visible dans le château de Dissay « dès qu’on a franchi le portail […] à main droite », formée par des « panneaux flamboyants […] rehaussées des écussons de la maison d’Amboise et de le évêque Pierre, avec la crosse en pal » (Barbier de Montault 1887, p. 6, mais aussi Bosseboeuf 1906, p. 333). Il est cependant possible que les éléments héraldiques qui ornent le premier panneau de l’escalier (armoirie 1a) et le dernier de la tribune, du côté de l’autel (armoiries 1c, 2a) faisaient partie d’un autre objet du mobilier du château : la première armoirie est en effet inscrite dans un cadre circulaire, qui rappelle les formes des encadrements souvent utilisés dans les clef de voûte contemporaines, tandis que la dernière composition héraldique résulte de la combinaison de deux fragments distincts, découpés avant d’être remontés dans la chaire à prêcher (armoiries 1c, 2a). La variété aussi de formats et de solutions iconographiques adoptées semble confirmer le fait que les reliefs proviennent d’ensembles différents. Nous remarquerons à ce propos l’écu aux armes pleines d’Amboise représenté penché et accroché au tronc d’un arbre par le biais d’une sangle, selon une pratique héraldique bien documentée (armoirie 1b), mais aussi la belle armoirie aux armes écartelée de l’évêque Pierre, posée sur une crosse formée par de pampres chargés de grappes de raisin, symbole de la Passion (armoirie 2b).










