Rennes, tour de l’Horloge
Située à proximité de la porte Jacquet, la tour de l’Horloge, ou Saint-James en référence à la chapelle éponyme sur laquelle elle était adossée, appartenait à la première enceinte défendant la Vieille Cité de Rennes. Après l’extension des fortifications au XVe siècle, elle perdit sa fonction défensive et fut afféagée par le duc à Olivier Baud, receveur du domaine de Rennes en 1461 (Decombe 1880, p. 184). Choisie par le pouvoir municipal pour y installer le beffroi qui fut érigé de 1467 à 1471 (ibid., p. 184, 187), elle brûla finalement dans les flammes du grand incendie de 1720. Au moment de l’installation du beffroi, la tour primitive de forme circulaire fut conservée et surmontée d’une structure octogonale agrémentée de plusieurs galeries et d’un riche décor constitué de motifs végétaux et de gargouilles, ainsi que d’une lanterne contenant le mécanisme de l’horloge (ibid., p. 191-194). Trois des faces de l’octogone étaient ornées de cadrans qui furent peints en 1471 et restaurés en 1487, puis en 1494 (Leguay 1969, p. 259). Dans un quatrième pan était insérée une niche dans laquelle était placé un automate en plomb, peint et doré, figurant saint Michel tenant Satan enchaîné, qu’il frappait quand l’horloge sonnait. Cette imagerie revêtait une fonction symbolique et apotropaïque, qui paraît fréquente sur ce type de monument, comme semble le confirmer la représentation de saint Georges sur la cloche du beffroi de Parthenay.
Le beffroi rennais comportait plusieurs « appeaux » et une cloche appelée Madame Françoise en hommage au duc François II. Le marché établi en 1468 pour la fonte de la cloche précise que le pourtour de celle-ci était orné d’une inscription, ainsi que des armoiries « tant du duc et de la duchesse qu’autres » (Decombe 1880, p. 186). Si le bronze était donc certainement orné des armes du couple ducal, à savoir François II (1458-1488) et Marguerite de Bretagne († 1469) (armoiries 1a, 2), le document ne précise pas la nature des « autres » armoiries qui y figuraient. La comparaison avec la cloche de la porte de la Citadelle de Parthenay suggère que celle du beffroi de Rennes pouvait également présenter les armes du capitaine de la ville – en l’occurrence Jacques de Luxembourg, anobli en 1463, dont l’armoirie n’est pas connue (Potier de Courcy 1890, p. 212) (armoirie 3 ?) – et peut-être aussi celles de la ville de Rennes, qui sont bien attestées au XVe siècle (Leguay 2009), mais dont la première figuration connue ne date que de 1532 (Hamon 2010) (armoirie 4 ?). La cloche fut refondue à plusieurs reprises, d’abord en 1471, puis en 1483-1484 (Decombe 1880, p. 186 et 189), sans qu’il soit reprécisé alors la présence d’un décor héraldique, que l’on aurait pu même actualiser pour tenir compte du fait que, à cette date, Marguerite de Foix était désormais la nouvelle duchesse. Il est cependant plus probable que, selon une pratique apparemment répandue, et notamment attestée à la porte de la Citadelle de Parthenay, la fonte éventuelle ait reproduit à l’identique les décors armoriés de la cloche originale.

Rennes, AM, 1 Fi 42, Plan de Rennes, ville capitale de Bretagne et siège du Parlement 1616, fac similé, 1618, détail de la Tour de l’Horloge.
À l’instar des autres tours de la ville de Rennes, et comme l’indique le compte des miseurs de 1467-1469, le toit « en aiguille » de la tour de l’Horloge était surmonté « d’un touppin et d’un bourdon portant une bannière en laiton aux armes du duc » (armoirie 1b), qui fut réalisée par Michel Luxembourg et peinte par Jehan Le Texier (Leguay 1969, p. 259). Cette bannière est encore visible sur les représentations postérieures du monument, sans qu’aucune armoirie ne soit cependant discernable ou identifiable dessus : que ce soit sur la vue de Rennes de 1543 (Paris, BnF, dép. Cartes et plans, GE EE-146 (RES)), sur le plan d’Argentré de 1616 (Rennes, AM, 1 Fi 42) ou sur l’estampe de Huguet figurant le beffroi brûlant durant l’incendie (Rennes, Musée de Bretagne, inv. 2016.0000.3389). En revanche, la restitution postérieure de Théophile Busnel († 1918) (Rennes, Musée de Bretagne, Écomusée de la Bintinais, inv. 883.0003.1) montre quant à elle à cet endroit la présence d’une bannière chargée d’un écu aux armes de la ville de Rennes. Selon Banéat (1904, t. 1, p. 144), l’artiste se serait appuyé sur un ancien croquis (Rennes, AD35, 6 FI RENNES/260), qui ne montre pourtant aucune bannière armoriée sur la tour, et sur la description, encore inédite, de l’ancien greffier municipal Gilles de Languedoc (1640-1731), que nous n’avons pas pu consulter et qui pourrait éventuellement porter davantage d’informations sur cet élément (Aubert 1999, p. 242-243). S’il n’est pas impossible qu’une éventuelle bannière héraldisée ait été repeinte après le XVe siècle — sans qu’aucune preuve irréfutable ne l’atteste —, il est plus probable que Busnel invente ici, de manière fantaisiste, un décor armorié qui n’a jamais existé.

Théophile Busnel, La grosse horloge et la chapelle Saint James, Rennes, Musée de Bretagne, Écomusée de la Bintinais, n° inv. 883.0003.1, s. d.
Cet apparat héraldique, qui aurait éventuellement pu concerner d’autres parties de la tour, avait une grande importance dans la construction de l’image de l’autorité ducale sur la ville. L’édifice de près de 66 mètres de hauteur était en effet un monument hors du commun, à l’échelle de la ville, mais aussi dans le reste du royaume, si l’on se fie aux affirmations de plusieurs auteurs du XVIe au XVIIIe siècle (Decombe 1880, p. 176-181). Le même François II avait pris position dans le débat animant le conseil des bourgeois sur le futur monument, en souhaitant « que l’ouvrage de cet horloge fust fait de telle façon qu’il en fust bruit et renom » (Leguay 2009). Il l’est d’autant plus en Bretagne, où les beffrois sont rares et limités à quelques grandes villes de l’est du duché : Dinan, Nantes, et Fougères (ibid.). Le beffroi matérialise aussi l’affirmation du pouvoir des bourgeois rennais, bien qu’il semble significatif que le monument soit placé sous le patronage ducal, suivant une pratique apparemment répandue en Bretagne notamment à Dinan, mais aussi dans le reste du royaume, où l’on observe une subordination de la ville au prince marquée par le biais de l’héraldique comme à Niort.





