Poitiers, église Sainte-Radegonde (portail)
Pillée et incendiée par les Anglais en 1346, dans la première phase de la guerre de Cent Ans, l’église Sainte-Radegonde connut des nouvelles interventions architectoniques au XVe siècle. Vers la fin du siècle un grand portail en style gothique flamboyant fut plaqué contre la partie basse du clocher-porche roman, remplaçant ainsi un portail plus ancien. Sa construction pourrait se situer vers 1490, date fixé par la dendrochronologie pour l’abattage des bois utilisés pour les vantaux de la porte. Le portail et sa riche ornementation sculptée furent par la suite restaurés entre 1893 et 1895, pour réparer aux dégâts provoqués par les intempéries ou, plus probablement, par l’action des révolutionnaires. Des nouvelles statues furent alors installées dans les niches à dais, à la place de celles du XVe siècle qui avaient disparu : à coté de la Vierge à l’Enfant, de saint Hilaire et de sainte Radegonde furent alors ajoutées les saintes Agnès et Disciole (Briand 1898, p. 289).
Les travaux de restauration intéressèrent, au moins en partie, les éléments héraldiques sculptés sur la façade. Notamment, les grandes armoiries couronnées et soutenues par des anges placées dans les écoinçons de l’arc du portail furent réparées ou refaites. Les armes royales (armoirie 1a), représentées correctement à gauche (la dextre étant la partie plus honorable), avaient été bûchées à la Révolution, voire pendant le furieux pillage de l’église réalisé par les Gascons en 1562 (Briand 1869, p. 290-297) comme en témoignent les traces laissées par les coups de marteau sur la surface de l’écu. Les restaurateurs se limitèrent probablement à réintégrer les fleurs de lys dans l’armoirie et sur la couronne et à reconstruire les jambes des anges, dont le reste du corps semble ne pas avoir fait l’objet de destruction. De l’autre côté, les armes de la collégiale sont totalement inventées (armoirie 2) ainsi que les anges qui les soutiennent et la couronne. En effet, aucune armoirie n’est visible sur l’écoinçon de droite dans la photographie de l’église publiée en 1890 par Jules Robuchon (1890, pl. entre p. 60 et 61), ni trouve mention dans la description réalisée par Barbier de Montrault, mentionnant par contre les armes royales (ibid., p. 111).
Dans la photo « avant la restauration » de la façade occidentale publiée par Briand à la fin du XIXe siècle (Briand 1898, p. 291), aucune sculpture n’est en effet visible sur ce côté du portail, mais apparaît seulement à la fin des travaux (ibid., p. 295). Malheureusement, les images plus anciennes de la façade ne permettent pas de distinguer des détails aussi précis : aucune trace de sculpture ne semble de toute façon visible aussi dans la lithographie de l’église publiée par Alphonse de Longuemar une trentaine d’années avant les travaux de restauration (Longuemar 1869, pl. entre p. 44 et 45). Le caractère fantaisiste de la composition semble d’ailleurs prouvé par le fait que le sceau du chapitre, connu par le biais d’un moulage de 1329, portait l’image de sainte Radegonde côtoyée de deux fleurs de lys, tandis que le contre sceau, connu grâce à un exemplaire de 1370, montre le visage de la sainte reine côtoyé de deux fleurs de lys (Briand 1898, p. 327, 329). L’armoirie nouvellement sculptée ne proposerait donc qu’une brisure de l’armoirie du roi, avec l’ajout des initiales SR (Sainte-Radegonde), visant peut-être à évoquer la fondation royale de l’église, soumise à la protection de la couronne.

Poitiers, église Sainte-Radegonde, façade ouest, voussure du portail, partie gauche.
Le discours héraldique se poursuit dans les voussures du portail gothique, où des écus armoriés sont tenus par des figures sculptées plus ou moins à la hauteur du linteau de la porte (armoiries 1b, 3-5). Dans la voussure centrale, de part et d’autre, deux anges tiennent des écus probablement aux armes du rois de France à l’origine : si l’armoirie tenue par l’angelot de droite a été totalement bûchée et est aujourd’hui illisible (armoirie 5), dans celle de gauche les trois fleurs de lys sont encore bien visibles (armoirie 1b). Même la surface des écus tenus par les deux petites figures plus proches du linteau (armoiries 3-4) est totalement érodée et il est aujourd’hui impossible de comprendre ce qui y était représenté.











