Kerlouan, croix de Saint-Sauveur
Sur la commune de Kerlouan, le lieu-dit Saint-Sauveur se situe à environ un kilomètre au sud du bourg. Le hameau, construit de quelques habitations et de bâtiments agricoles, est traversé par deux voies communales, au carrefour desquelles est implantée une ancienne croix.

Kerlouan, croix de Saint-Sauveur, détail de la croix et du croisillon en kersanton, aux armes de Jehan du Poulpry.
Au sein d’un enclos de forme trapézoïdale irrégulière, le monument est aménagé sur un perron à quatre degrés octogonaux assis sur un socle circulaire. Portée par un fût en granit, la croix est de type à crucifix encadré par deux statues géminées. La croix proprement dite, embrassée par une belle Trinité, a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, mais le reste de l’ensemble statuaire a subsisté (Castel 1980, p. 118-119, num. 878).
Le croisillon en kersanton est daté du millésime de 1547, et son nœud est sculpté des deux côtés d’un écusson. La face principale montre les armes d’un cadet du Poulpry, une rencontre de cerf brisée d’un lambel (armoirie 1). Au revers, elles sont mi-parties d’une quintefeuille (armoirie 2). Ce sont les armoiries de Jehan du Poulpry et de Françoise Denis ou Denys, sieur et dame de Kersalvateur, selon l’ancienne graphie du patronyme Saint-Sauveur.
Le couple est connu par un minu du 1er mai 1541 (AD Loire Atlantique, B 1687) : Jean déclare comme « Sr de Kersalvator […] en la paroisse de Kerlouan ou terrouer de Kersalvator la maison ou desmeure ledit Poulpry » de la succession de Yves son père, tandis que « Francoyse Denys sa compaigne espoze » déclare des héritages de la succession de feu Yvon Denys son père. Les Poulpry, famille localement assez importante, étaient seigneurs dudit lieu en Ploudaniel et de Lavengat en Guissény. Jehan du Poulpry était le fils cadet de Yves du Poulpry et de Marie de Mesnoalet, et brisait les armes paternelles d’un lambel dont l’émail est inconnu. Françoise Denis était fille de Poulhalec, en Plouguerneau.
La plupart des armoriaux contemporains, notamment le Nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy, attribuent aux Denis des armes d’argent à trois quintefeuilles de gueules. Il s’agit probablement d’une erreur car la quintefeuille unique au second quartier de l’écusson mi-parti est corroborée par la déclaration de Pierre Denis, sieur de Lesméal, lors de la Réformation de la noblesse de 1670, et par l’enregistrement de ses armoiries au sein de l’Armorial général de 1696.




