Poitiers, abbaye de la Trinité
Fondée entre 963 et 969 par Adèle de Normandie, veuve de Guillaume Tête d’Etoupe comte de Poitou, l’abbaye féminine de la Sainte-Trinité s’élevait dans le coin sud-est de l’ancienne enceinte urbaine de la ville de Poitiers (Favreau 1978, p. 30). Des travaux de rénovation du chœur de l’église sont documentés à la fin du XVe siècle, au temps de l’abbesse Anne de Prie, quand des « ymages » (vraisemblablement des sculptures) pour l’ornementation de l’édifice furent également réalisées (Crozet 1942, p. 176, num. 682). Les cloîtres, le dortoir et le réfectoire de l’abbaye furent par contre reconstruit sous l’abbesse Marie d’Amboise (1525-1537) (ibid., p. 220, num. 840), tandis que d’autres travaux sont signalés dans les années 1538-1561 (ibid., p. 237-238, num. 894). Seulement quelques fragments sculptés de l’abbaye, vendue comme bien national à la Révolution et presque totalement rasée par la suite, nous est parvenu.
Parmi les rares vestiges conservés, nous devons probablement considérer aussi une pièce mentionnée dans les collections municipales (Musée de la ville) par le catalogue du musée des Antiquités de l’Ouest rédigé par Ménard en 1854 (p. 47, C.3) et actuellement conservées dans les reserves du Musée Sainte-Croix (armoirie 1). Il s’agit d’un écusson chargé des armes de la famille d’Amboise, un palé d’or et de gueules de six pièces, comme l’on peut déduire des traces minuscules de couleur conservées sur la surface de la pierre et de quelques témoignages anciens (Ménard 1854, p. 47, C.3 ; Mauduyt 1856, p. 20, num 196 ; Longuemar 1881, p. 246, note 1). Une restauration plus récente aurait donc effacé la polychromie originaire, pour des raisons qui nous échappent.
L’écu en forme de losange, selon une solution typique de l’héraldique féminine, était soutenu par une figure (un ange ?) dont une main est encore bien visible sous la pointe inférieure. Si l’origine de la pièce armoriée probablement utilisée comme clef de voûte, n’est pas connue, sa provenance de l’abbaye de la Trinité de Poitiers demeure la plus probable. Des autres œuvres ornées de l’armoirie d’une femme de la famille furent en effet sauvées de la destruction de l’abbaye : le calvaire actuellement exposé dans la chapelle dédiée à saint Anne dans l’église Notre-Dame-la-Grande, commandité par Renée d’Amboise avant 1555 (Crozet 1937), et deux statues en bois (une Vierge et saint Jean), offertes aux Antiquaires de l’Ouest en 1922 par Mme Henri Piorry (Gaillard 1922, p. 6 ; Crozet 1937, p. 411). Notre fragment pourrait bien appartenir à une intervention commanditée par Renée d’Amboise : mère de Jeanne de Clermont, abbesse de la Trinité en 1538-1586, elle avait fait réaliser d’autres œuvres pour l’abbaye où elle demanda d’être enterrée après sa mort (Crozet 1937).



