Poitiers, église Saint-Étienne
Située quelques mètres à l’est de l’abside de Notre-Dame-la-Grande, l’église Saint-Étienne, documentée dès le Xe siècle (Favreau 1978, p. 30), se trouvait dans un état de conservation très précaire à l’époque de la Révolution et, par conséquent, fut totalement démolie quelques temps après (De Chergé 1851, p. 187). Des maisons de particuliers prirent sa place, tandis que des pierres sculptées provenant de l’ancien édifice furent sauvegardées et offertes, en 1932, à la Société des Antiquaires de l’Ouest par Amédée Mesmin. Parmi ces pièces se trouvaient les fragments d’une plate-tombe et une clef de voûte (Eygun 1932, p. 547). Actuellement conservées l’une au Musée Sainte-Croix de Poitiers, l’autre dans les réserves du même musée, les deux pièces datent de la seconde moitié du XVe siècle.

Plate-tombe de Jean Morinault et de son épouse (Anne de Chambon ?). Poitiers, Musée Sainte-Croix (de l’église Saint-Etienne).
Sur la dalle funéraire, dont on ne conserve que la partie supérieure, sont représentés les portraits gravés d’un couple insérés dans des arcades polylobées, délimitées par trois hauts pinacles qui se greffent sur des pilastres décorés à motifs végétaux. Le mari se trouve à gauche (dextre) – la partie la plus importante du point de vue hiérarchique – et l’épouse à droite (senestre). L’inscription, mutilée, révèle l’identité du couple : Jean Morinault, marchand et bienfaiteur de l’église Saint-Etienne au XVe siècle (Crozet 1932, p. 547), et son épouse Anne (Crozet 1933, p. 683, n. 5535), dont le nom de famille a malheureusement disparu. René Crozet a pu voir les dernières lettres […]RRAT (ibid.), mais sa lecture ne semble pas assez fiable.
Quatre écussons, placés entre les pinacles et le choux par lequel culmine chaque arcade, portent les armoiries, redoublées, des deux défunts (armories 1b-c, 2a-b).

Clef de voûte aux armes de Jean Morinault. Poitiers, Musée Sainte-Croix (de l’église Saint-Etienne).
À gauche (dextre) se trouvent celles de Jean, qui étaient d’azur à la bande de gueules, accompagnée de deux lions d’or, comme en témoignaient les traces de couleur retrouvées sur l’écusson sculpté sur la clef de voûte qui provient de la même église (armoirie 1a) (Crozet 1933, p. 683, n. 5536) ; à droite (senestre) son gravées les armes de sa femme qui associaient, dans un mi-parti, les armes de l’époux avec celles de sa famille paternelle. Celles-ci pourraient être identifiées avec celles de la famille Chambon, qui portait d’azur à la tour d’argent maçonnée de sable (Beauchet-Filleau 1895, p. 221). La dalle et la clef de voûte appartenaient probablement à un même ensemble, peut-être une chapelle funéraire, érigée par Jean Morinault, à l’instar des nombreuses chapelles funéraires qui furent construites, dans les mêmes années, dans d’autres églises paroissiales de la ville.







