Nalliers, église Saint-Hilaire
L’église Saint-Hilaire de Nalliers apparaît dans les documents en 1093, lorsque Pierre, évêque de Poitiers, en confirme la donation à l’abbaye de Saint-Savin, dont elle dépendra jusqu’à l’époque moderne (Lebrun 1888). Les rares traces encore visibles de l’édifice roman ne permettent pas d’imaginer sa physionomie originaire dans les détails. Il s’agissait probablement d’une structure simple, avec une nef non voûtée. Au XVe siècle, l’église fut profondément remaniée : remontent à cette époque le clocher-porche, qui fut érigé contre la façade romane, les voûtes ogivales qui couvrent la nef, le chevet plat avec sa grande fenêtre permettant à la lumière de pénétrer à l’intérieur d’un espace autrement sombre (Parvis 2001).
Les travaux furent très probablement conduits sous l’impulsion d’un membre de la famille d’Allemagne, dont l’armoirie est représentée plusieurs fois dans la nef (armoiries 1a-u) et dans le chœur de l’église. On la retrouve sur presque tous les culs-de-lampe, les clefs d’arc et les clefs de voûte. Originaires de l’Aunis (région historique faisant aujourd’hui partie de la Charente-Maritime), les Allemagne avait leur fief principal dans le Poitou à Nalliers où, au début du XVe siècle, un certain Pierre d’Allemagne avait fait reconstruire son hôtel (Beauchet-Filleau 1891, t. 1, p. 42). Les travaux de rénovation de l’église pourraient donc être contemporains de la seconde restauration de la voûte et de la bande faîtière de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe, dont un membre de la famille d’Allemagne fut certainement le promoteur. En effet, à Saint-Savin, la présence de l’armoirie de la famille associée au bâton pastoral assure que l’œuvre fut commanditée par l’abbé Jean d’Allemagne (1435-1478) ou, moins probablement, pour des raisons stylistiques, par son successeur Florent d’Allemagne (1491-1510). En revanche, dans l’église de Nalliers, l’absence d’autres éléments d’identification ne permet pas de reconduire l’initiative des travaux à l’un de ces deux religieux. Meme si on a supposé que Florent ait été le constructeur de l’église de Nalliers, il est plus probable que le commanditaire (ou les commanditaires) soit à identifier parmi les autres membres de la famille, dans une fourchette chronologique comprise entre la seconde moitié du XVe siècle et le premier quart du XVIe. Des restaurations récentes ont malheureusement effacé des éléments pouvant aider à circonscrire le terrain d’enquête.
Si on observe attentivement les armoiries aux armes d’Allemagne conservées, on s’aperçoit que certaines ont été clairement recolorées sans tenir compte du tracé d’origine, qui apparaît en relief sur la pierre. Cela est particulièrement évident sur la clef de voûte du chœur (armoirie 2a), qu’un peintre maladroit a essayé de repeindre dans les formes du fascé des Allemagne, avec des résultats douteux. En dépit de cette interprétation fantasque du restaurateur, il apparaît clairement que le dessin originaire était plutôt celui d’une armoirie partie d’alliance, probablement réalisée à la suite d’un mariage entre un (ou une) Allemagne et une (ou un) membre d’une autre famille, portant une arme à l’étoile à six pointes. D’ailleurs, la même composition héraldique se répétait probablement sur les écus sculptés au sommet des arcs formerets (armoiries 2bc), mais leur état de conservation, également affecté par des remaniements, en entrave davantage la lecture. Une restauration intégrative récente des armoiries du chœur pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi on comptait normalement 19 armoiries d’Allemagne dans l’église (auxquelles il faut ajouter celle de la tour-porche) (Thibout 1945, p. 209-210), au lieu des 22 actuelles.
Une chapelle latérale formée de deux travées fut ensuite ajoutée à l’église. Il s’agit d’une chapelle seigneuriale, que la tradition voudrait fondée par la famille de Lauzon, ayant des possessions dans la zone de Sainte-Radegonde, village près de Chauvigny (Beauchet-Filleau 1870, p. 76), et propriétaire du fief dit « Le Petit Nalliers ». Les armoiries – déjà signalées mais non identifiées par Thibout (Thibout 1945) – visibles sur les deux clefs de voûte de la chapelle latérale (armoiries 3a-b) et dans le seul fragment existant du vitrail originel (armoirie 3c) ont ainsi été attribuées aux Lauzon. Il semblerait pourtant que les Lauzon aient plutôt porté une arme avec « trois billes ou serpents mordant leurs queues » (Thibaudeau 1788, p. 347; Gouget 1866, p. 30, 210).


































