Bonnes, château de Touffou
Bâti sur la rive gauche de la Vienne pour pouvoir en surveiller la navigation, le château de Touffou est le résultat de plusieurs phases de construction, essentiellement datées entre le XIIe et le XVIe siècle. Si la forteresse a aujourd’hui l’aspect d’un manoir résidentiel typique de la Renaissance, ses origines remontent à l’âge roman, comme en témoigne la première mention d’un château à Touffou en 1127. Le corps de bâtiment qui délimite le coté nord de la cour principale est la partie la plus ancienne du complexe.
Un premier donjon, formant la partie orientale de l’actuelle aile nord, fut construit avant la fin du XIIe siècle (Faucherre 2004, p. 65 ; Baudry 2011, p. 221). De plan carré et renforcé par des contreforts plats, il était à l’origine relié à une enceinte. Aux deux tiers de son élévation, il était muni d’une galerie de bois en balcon qui se déroulait sur trois faces (nord, est, ouest) et combinait des fonctions de défense, d’accès et d’agrément. La galerie permettait notamment d’entrer dans la salle seigneuriale, située au deuxième étage et ornée d’un décor héraldique peint, partiellement conservé, à compter parmi les plus anciens de la région. Cette tapisserie héraldique, connue dès le début du XXe siècle (Tranchant 1913-1915, p. 176), a été intégralement reconstruite et repeinte en 1936 à partir des fragments originaux conservés dans l’angle nord-ouest de la salle (base POP).

Bonnes, chateau de Touffou, salle seigneuriale, détail du décor peint (dans Allard, Debelle, Faucherre 2002, p. 17).
Le décoration picturale devait à l’origine occuper toute la fasce médiane des parois de la salle, tandis que la partie inférieure était probablement ornée par un socle en faux appareil ou par un velarium et celle supérieure, se raccordant au plafond, par une frise végétale. La tapisserie armoriée que l’on peut encore admirer se compose de carreaux peints aux armes des Montléon (de gueules au lion d’argent) (armoiries 1a-?) alternées à celles d’Amenon de la Roche (d’or à deux fasces chargées de sautoirs – ou frettés – accompagnées de huit merlettes en orle, disposées 3, 2, 3 : Eygun 1939, p. 243, num. 582, an 1267) (Salvini 1952, p. 259) (armoiries 2a-?), membre du lignage des Oger, qui étaient installés à Chauvigny depuis le Xe siècle (Tranchant 1913-1915, p. 182).
La présence de ces armes a servi d’argument pour dater les peintures vers 1270 (Allard, Debelle, Faucherre 2002, p. 15) ou dans les années 1267-1280 (Deschamps, Thibout 1963, p. 208-209), à savoir après le mariage présumé d’Agnès, fille supposée du seigneur de la Roche-Amenon et du Touffou, avec Guy I de Montléon (Allard, Debelle, Faucherre 2002, p. 15 ; Faucherre 2004, p. 66). Cependant, il semblerait que Guy – appelé aussi Guy Oger (mort entre 1281 et 1285) – était lui-même fils d’Amenon de la Roche, duquel il reçut en héritage le château de Touffou en 1268, et de la fille de Jourdain de Preuilly et d’Alice de Montléon, Luce, dont il hérita la seigneurie de Montléon. Comme pour la châtellenie de Montmorillon, Luce transmit de son vivant la seigneurie de Montléon à son fils, qui abandonna donc le surnom d’Oger pour adopter celui de Montléon (Duguet 1984). Puisque Guy I ne semble pas avoir utilisé l’armoirie de son père (Eygun 1939, p. 231, num. 499), une datation de la peinture à l’époque du mariage d’Amenon de la Roche avec Luce de Montléon, vraisemblablement au deuxième quart du XIIIe siècle, semble plus probable. D’ailleurs, une des filles du couple – qui était donc la sœur de Guy I – portait le nom de Montléonne (Tranchant 1913-1915, p. 186 ; Duguet 1984, p. 287).

Bonnes, chateau de Touffou, détail de l’armoirie sculptée sur le chemin de ronde du donjon orientale (côté est) avec armoirie des Montléon.
À la fin de la guerre de Cent Ans la taille du donjon primitif fut doublée par la construction d’un vaste logis cantonné de deux tourelles semi-circulaires et couronné de mâchicoulis (Faucherre 2004, p. 65). Le style de quelques éléments architecturaux – telle la trace d’une cheminée flamboyante – et les résultats de la dendrochronologie des charpentes (1457 pour la couverture du donjon roman, 1468-1469 pour le logis occidental) permettent de relier les travaux à la commande de René de Montléon, seigneur de Touffou en 1454-1469 (ibid.). Peu après le milieu du XVe siècle le donjon fut donc modifié dans la partie haute : tous les contreforts furent surhaussés et couronnés de mâchicoulis, soutenant un chemin de ronde défensif (Allard, Debelle, Faucherre 2002, p. 10). Sur la face orientale, une des dalles qui composent le linteau porte un écusson aux armes des Montléon (Longer, Salvini 1963, p. 118) (armoirie 1b). Protégé par un larmier, il appartenait probablement à René de Montléon. L’emplacement de l’armoirie peu paraître insolite mais entre la fin du XIVe siècle et le XVe siècle, il arrivait souvent que des écussons aux armes des seigneurs fussent encastrés sur les arcades aveugles ornant les mâchicoulis, comme on le voit sur les remparts de Poitiers ou au château de Chambonneau, près de Gizay (Vienne).






