Poitiers, Tour du Cordier
Attenant à la courtine nord-ouest de l’enceinte urbaine de Poitiers, la Tour du Cordier se dresse aujourd’hui au milieu d’un carrefour routier, en guise de rond-point. Dernière tour avant le château du côté de la porte Saint-Lazare (ou Saint-Ladre) – une des quatre portes principales de la ville, ouverte dans le secteur nord-ouest de la ville, à proximité d’une léproserie –, elle était reliée d’une part à l’enceinte triangulaire du château (Pesme 1901, p. 112) et, d’autre part, à la tour dite « de l’œuf », comme en témoignent encore les traces d’arrachements des murs visibles sur ses côtés. Conservée dans toute son élévation, elle présente à l’intérieur deux salles superposées, voûtées en coupole, et son couronnement est formé par des consoles à ressaut soutenant le chemin de ronde (Baudry 2001, p. 237).
Faisant probablement partie de l’enceinte construite entre la seconde moitié du XIIe siècle et le début du XIIIe, au moment de l’édification du château philippien plus tard restauré par Jean de Berry, la tour fut réaménagée et peut-être rehaussée au début du XVe siècle. À défaut de documents explicites, c’est l’ornementation héraldique encore visible entre les mâchicoulis du couronnement de la structure qui nous fournit un repère chronologique fiable. Sur le côté nord de la tour – donc, comme pour les remparts méridionaux, sur le côté qui donnait vers l’extérieur de la ville – deux écussons sculptés sont encore conservés. S’il est actuellement impossible de définir quelle armoirie était représentée sur l’écu de gauche (Berry ou France ?) (armoirie 1), celui de droite porte sans doute les armes des Macé qui utilisaient « de deux fasces au lambel à trois pendants brochant en chef » (Eygun 1939, p. 272, num. 755) (armoirie 2).
En effet, Jean Macé († avant 1420), qui fut maire de Poitiers en 1407 et 1408, fit réaliser pendant son mandat de nombreux travaux de réparation et de renforcement des défenses de la ville. Il commandita notamment d’importants travaux de maçonnerie dans le secteur nord-ouest de l’enceinte : il fit reconstruire la partie supérieure de la tour de l’œuf, construire la tour Blanche, raser la porte Sainte-Ladre ; reprendre le mur machicoté entre cette dernière et la tour Blanche, etc. (Ledain 1897, p. 317, 320 ; Rapin 2010, p. 185). La présence de l’écu de Jean Macé atteste donc de l’usage, qui se développa encore au cours du XVe siècle, d’exposer les armes des maires sur les œuvres d’utilité publique qu’ils avaient fait construire ou restaurer. Si certains maires ont pu agir de leur propre initiative, l’autorisation à exposer les armoiries relevait le plus souvent des décisions du conseil Municipal (Favreau 2014).






