Beaumont, tour de Beaumont
Tourelle de l'escalier
Du haut de la colline qui relie Beaumont et Beaudiment, les vestiges pittoresques de la tour de Beaumont dominent la vallée du Clain et la route qui conduit de Poitiers à Châtellerault (Le patrimoine des communes 2002, II, p. 1108). Construite au début du XIIème siècle et modifiée dans la seconde moitié du XVème, la forteresse fut démantelée en 1642, puisque le maintien de la garnison qui l’occupait était devenu trop onéreux. Ensuite, sous le règne de Luis XIV, elle fut définitivement rasée par le marquis de Vauban, car les bandits trouvaient habituellement refuge dans ses ruines.
Un « castrum Belli montis » apparaît dans une charte en 1123 (Rédet 1881, p. 26), mais son identification avec la Tour de Beaumont n’est pas assurée car cette dénomination pourrait ne s’appliquer qu’à la motte (Gil 2006, p. 142). Dans son apparence originelle, la fortification avait la forme d’un donjon, au plan presque carré, avec des murs épais et solides et des contreforts arrondis sur les angles sud-ouest et nord-ouest (Crozet 1964, p. 414-416 ; Baudry 2001, p. 279). Au XVème siècle, la tour reçut sur trois de ses angles des tourelles circulaires – presque des petits bastions – munies d’archères-canonnières (Gil 2006, p. 146), pour l’adapter évidemment à l’évolution des armements et des tactiques militaires.
Ces ajouts sont encore bien visibles dans les ruines et dans le plan cadastral de 1810 (Arch. Vienne, Beaumont, s. D, f. 2). Au même moment, on ajouta sur le côté est une haute tour à base rectangulaire qui contient, dans une cage octogonale, l’escalier desservant les étages supérieurs.
Dans le goût typique du gotique flamboyant, la porte d’entrée de la tour est surmontée par une accolade et flanquée de deux hauts pinacles fleuris. Selon le témoignage d’Henry Beauchet-Filleau (Beauchet-Filleau 1891, p. 793-794) et René Crozet (Crozet 1964, p. 414-416), dans le tympan de cette porte se trouvaient les armories associées de Aimery de Brizay, gouverneur de Châtellereault, et de Louise de la Lalande, son épouse (armoirie 1), qui lui avait apporté en héritage la seigneurie de Beaumont (Lalanne 1859, t. 1, p. 349). L’information est reproduite dans les études les plus récentes (Gil 2006, p. 146 ; Baudry 2011, p. 218), mais aucune armoirie n’est aujourd’hui visible à cet emplacement. Elle apparaît toutefois sur un cliché (Photothèque CESCM) publié dans un article de René Crozet consacré aux monuments de Beaumont (Crozet 1964).
Elle est bien visible au centre du tympan de la porte, même si on ne reconnait pas les détails des figures. Il est donc évident que l’armoirie a été détruite ou volée assez récemment et tous les efforts produits pour la retrouver n’ont pas abouti. Il est donc impossible de vérifier la lecture de Beauchet-Filleau et de Crozet, qui laisserait penser à un écartelé du type de celui qui était reproduit sur la tombe perdue de Françoise de Brizay († 1507) dans l’église de l’abbaye Sainte-Croix à Poitiers (Oxford, Bodleian Library, Gough drawings Gaignières 14, f. 130 : Collecta). D’ailleurs, nous signalerons que le même Crozet affirmera, quelques années plus tard, que seules les armes des Brizay apparaissent dans le tympan de la porte (Crozet 1977), alors qu’un simple écusson à la bande est visible dans un relevé publié, vers la fin du XIXe siècle, dans le quatrième volume des Paysages et monuments du Poitou de Jules Robuchon (Lahaire 1892, p. 18).
La présence d’une figuration armoriée sur la tour de Beaumont reste tout de même significative. D’un côté, elle illustre la diffusion, au XVème siècle, de la pratique de l’exposition des armoiries des propriétaires du bâtiment sur la porte d’accès à la tour d’escalier (on en compte des dizaines d’exemples dans toute la région) : celle-ci était un passage obligé pour accéder aux étages supérieurs et, par conséquent, elle assurait une grande visibilité à la figuration. De l’autre, elle permet d’établir une fourchette chronologique pour l’édification de la tour, qui se situerait entre 1456, année du mariage entre Aimery de Brizay et Louise de Lalande et 1468, année de la mort du premier (Crozet 1942, p. 139, doc. 552).



