Poitiers, église Sainte-Radegonde (parvis de justice)
La reprise du parvis de l’église Sainte-Radegonde de Poitiers, placé devant la façade occidentale de l’édifice, date vraisemblablement de la même époque de la construction du grand portail gothique, à savoir vers la fin du XVe siècle. Dans cet espace fermé, les chanoines exerçaient les droits de justice sur leurs seigneuries et possessions, situées dans la ville et même à son extérieur (Vouillé, Frozes, Villiers, Yversay, Le Rochereau) (Favreau 1999, p. 44). L’enclos est entouré par un mur bas, dans lequel s’ouvrent quatre accès : simples sur les petits côtés, doubles sur le côté ouest. Une surélévation du mur d’enceinte juste en face de l’entrée de l’église désigne le siège autrefois occupé par le prieur, qui exerçait la fonction de juge, tandis que des bancs de pierre, réservés aux autres « acteurs » du procès (avocats, témoins, public), entourent le reste de la petite esplanade interne. Deux lions, très érodés, gardaient de part et d’autre l’entrée septentrionale du parvis : il s’agit de figures très communes dans les lieux d’administration de la justice, sacrée comme séculière, qui s’exerçait régulièrement, d’après les sources, « intra leones » (Ferrari 2012, p. 307).
Des anges tenant de grands écus (environ 30 centimètres de haut pour 26 centimètres de large) étaient disposés des deux côtés des autres trois entrées : les deux centrales (armoiries 1-4) et celle méridionale (armoiries 5-6). Bien que très abimés, ils laissent entrevoir leurs formes originelles. Ils penchaient probablement leurs jambes sur la partie externe de la balustrade tenant avec les deux mains le bouclier bien serré entre les genoux. Derrière leur dos s’ouvraient de grandes ailes, dont on reconnait encore la partie inférieure. Un écu en relief, perdu (armoirie 7), se trouvait enfin sur la partie externe du ressaut correspondant au siège du juge, dans l’axe de l’entrée de l’église (Viollet le Duc 1874, p. 54 ; Robuchon 1890, p. 111 ; Briand 1898, p. 289).

Parvis de justice de l’église Sainte-Radegonde à Poitiers, dans Viollet le duc, Dictionnaire…, t. 7, p. 54.
Probablement bûchés anciennement, puis usés par l’action des agents atmosphériques, les écus sont aujourd’hui totalement illisibles. En effet, si trois des quatre boucliers des entrées principales (armoiries 1-2, 4) semblent conserver les traces d’une fasce en relief, il est impossible de déterminer s’il s’agit réellement des vestiges d’une armoirie fascée ou plus simplement de traces laissées par une action d’abrasion. En effet, à cet endroit, on s’attendrait plutôt à trouver des écus portant les armes royales – que l’on voit d’ailleurs représentées sur la façade de l’église – ou du chapitre de la collégiale. En 1851, Charles de Chergé affirmait en effet que les anges «servaient de tenants à l’écu royal» (De Chergé 1851, p. 89), mais les sculptures étaient déjà très mutilés à son époque que nous ne comprenons pas d’où il pouvait tirer cette information. Quoi qu’il en soit, le présence des armes d’un particulier, même du commanditaire de l’œuvre, semble improbable. Comme pour d’autres parvis destinés à l’administration de la justice placés devant la façade des églises, les armoiries traçaient les limites de la lice et indiquaient l’autorité qui exerçait les droits de juridiction.
C’était le cas de la lice, utilisée aussi pour des fonctions de justice, qui se trouvait devant la cathédrale de Reims : fermée par une balustrade, en bois et en pierre de taille, elle était pourvue de cinq entrées, dont celles du milieu avaient les chambranles ornées par « des écussons » (Cerf 1861, p. 183). Un d’entre eux portait certainement les armes d’un évêque, comme le révèle le dessin de l’enceinte reproduit par Viollet le Duc (1874, p. 53) dans lequel on reconnaît clairement la présence d’un écu tracé en relief et accolé à la croix épiscopale sur un pilier.










